dimanche 17 juin 2012

AU REVOIR, MONSIEUR BAYROU



          Au revoir. Stratégiquement enclin à accompagner ce qu'on appelait la décroissance plutôt qu'à la subir, j'admettais par  tactique l'idée d'une croissance précautionneuse, car j'étais trop pessimiste quant à l'impréparation humaine et  aux caprices des peuples. Lectrice, j'étais homme de gauche. Pourquoi lectrice ? Peut-être parce que ce soir tu entrais massivement à l'Assemblée Nationale, pour mon plus grand bonheur. Ou parce que je n'allais pas à chaque tournant ajouter le féminin entre parenthèses. Encore moins me laisser aller à quelque mot hasardeux de l'acabit de l'écrivaine  qui eût fait se compisser de rire la Sévigné ou Marguerite Yourcenar, sinon ma chère Louise Labé qui ne parlait pas encore la langue finie dont j'usais. Alors j'opterais pour l'alternance, idée valide en ce soir de bouleversement électoral. Veillais, lectrice, à me rappeler cet amendement à la loi du Blog. Je laissais les néologismes à mes amis québecois dont après tout j'applaudissais le courriel, en somme j'exerçais un parfait arbitraire et m'arrangeais à mon idée. Donc j'étais homme de gauche. Il était inintéressant que je fusse homme de gauche parce que je ne savais pas pourquoi je l'étais. En 2007 un instinct sûr m'avait amené au meeting de M. Bayrou. Me voilà adhérent d'un mouvement politique comme je m'étais marié, comme j'étais devenu père, c'est-à-dire contre tout ce à quoi je me pensais propre. Ce soir, à peine close une élection que François venait de perdre, les premières réactions de deux de nos journalistes chevronnés - ne riiez pas sottement, et n'attendiez de moi aucune sortie contre ce métier  ;  jadis j'aurais pu y mourir soit d'aérophagie, soit d'un  quelconque pays en -stan - prononçaient déjà ce nom de Bayrou en parlant de ce qui nous attendait. Droite et gauche fredonnaient une France de fantaisie et y trouvaient divers intérêts. Fort bien. A vous revoir, Monsieur Bayrou. 
     Quant à l'irruption dans le Blog de l'image, de l'actualité et d'un engagement, lectrice, ne craignais rien. Il en était comme d'une rare gravure dans un livre. Pour montrer aussi à certaines que j'étais cap. Langue d'airain n'était pas langue de bois.