vendredi 19 octobre 2012

TITRE : TITRE III

J 'avais réfléchi que Miroir  avait son histoire. Enfant, comme bien d'autres de ma génération, j'avais rêvé de conquête spatiale (j'ignorais les enjeux de la Guerre Froide : l'humanité attendait la lune comme l'empereur Caligula, quel que fût celui qui y arrivât le premier, tout à fait comme dans l'Etoile Mystérieuse d'Hergé (plus que dans On a marché sur la lune, peut-être). Eh bien j'avais été déçu ensuite.  La soif de lointain s'était vite transformé en manière de nous miroiter, de nous faire regarder ceci ou cela de nous. La moindre photographie du sol de Titan - au moins, on s'éloignait un peu - m'était un réconfort, ce qui me rapprochait de Stalker dont je m'éloignais par ailleurs comme de la peste.  J'avais promis à Jehoël que je lui répondrais, soit ici, soit confidentiellement. Que ce fût ici. Je tenais - et j'en riais presque, sauf votre respect à tous - à préciser une chose une fois pour toutes. Je n'étais ni dépressif ni suicidaire. En revanche ma vie avait été ponctuée de crises de panique et j'avais cru mourir mille et mille fois, et qui pis est, à déranger les autres en mourant, ce qui ne faisait qu'augmenter ces crises. Donc je ne tenais qu'à une chose, à vivre. Ce que je donne comme poésie résulte en partie de là. Après cet aspect autobiographique, je dirais que la langue me posait question. J'avais en abomination son ronron, surtout depuis qu'il était entretenu par les médias au service des gens d'argent. Comment faire avec elle ? J'avais trouvé  deux solutions qui consistaient, soi à enlever toute la graisse et rendre la langue à l'âme (Miroir),  soit à l'épouser et à la convaincre qu'elle était elle-même, en la rendant (pour la mienne, le français) sous un aspect qui la mettait en beauté (textes en italiques). Mon instinct créateur penchait vers la première solution. Alors je livrais les deux. Pour continuer, si j'appréciais Kwarkito par exemple, c'est à bien y réfléchir que je n'y trouvais pas la moindre once d'humour, de dérision. Je l'admirais car je cédais moi-même facilement au bon mot, à la parisienne, à la nécessité des radios pour se faire écouter, des journaux pour se faire lire : pas un titre qui ne fût un jeu de mots. C'était à l'inverse de ce qu'il fallait faire, c'était la fuite, la dérobade. Pourquoi riais-je encore, moi qui aimais tant la Terre, quand 80% des espèces animales et végétales étaient menacées immédiatement et quand j'entendais "l'humour" justement des commentateurs du portail Orange ?  Nous n'étions pas à l'heure de l'humour, nous étions à celle de l'indignation.