jeudi 28 mars 2013

DE CARMINE / SUR LA POESIE / SALAH STETIE

" Pointe avancée du langage, la parole poétique se trouve être en avance sur l'homme, dans la mesure où celui-ci est, pour l'essentiel, corps verbal... Parole en incessante recherche, homme en perpétuelle naissance.
Elle seule, la poésie, garantit la parole qui la précède, l'usuelle, et qui, langue, croit lui avoir frayé le chemin vers le jour. Toute langue est morte que la poésie, à la crête de cette langue, n'anime pas. "
                            
                        Salah Stétié, La Unième Nuit.


Avec Stétié, la poésie prétend d'office à la spécificité irréductible qui l'arrache aux déterminismes mécaniques ou procéduraux de la langue courante. Il va même, fort de cela, jusqu'à en faire la justification presque vitale du langage commun (...) A la limite, la langue courante serait de la poésie vieillie qui ne laisse plus derrière ses anciennes fulgurances que de pauvres scories linguistiques.

                  Mohamed Boughali, Salah Stétié, un poète vêtu de terre. Ed. Publisud, 1996.


plénitude à la fois évidente et invérifiable 

                        Salah Stétié, Archer aveugle.

  



mardi 26 mars 2013

DICTA XVI, XVII. RABI'A, LA BRUYERE.




DICTA XVI


On vit un jour Râbi'a courir, tenant dans l'une de ses mains un seau plein d'eau et agiter dans l'autre un brandon enflammé. " Où cours-tu ainsi, maîtresse ? ", lui demandèrent de jeunes disciples qui passaient par là. Elle répondit : 

" Avec l'eau je veux éteindre l'Enfer et avec le feu je veux brûler le Paradis. Ainsi Dieu, hors de toute crainte de l'Enfer de la part de sa créature et de toute espérance du Paradis, sera-t-Il aimé comme il le mérite : pour Lui-même. "




DICTA XVII


" Un dévot est celui qui sous un roi athée serait athée. "
                                                           
                                                           La Bruyère.

lundi 18 mars 2013

AIMES-TU LE VENT OU LE CONTRAIRE 5, 6




Ma robe ma margelle disent ces filles
Assises au centre de leur sang
En linges de profonds mondes
Eparpillées par le coeur
Le je au fond du puits là-haut
Ma très amie ma très jolie sanglante
Voit quelques lunes voit quelques autres 
O hibou ô tic-tac de l'oeil pur 



*


Pour Lydie. 


Mais le silence ne viendra pas
En silence en trouant les mots
Et mon accordéon le pauvre
Il va où va le train du monde
A la gare Déraillement 
Heureuse rengaine, veille mon esprit ! 
Le chant s'exile où la brodeuse
Reprend les larmes décousues


vendredi 1 mars 2013

DICTA XV

"Ce n'est pas la réponse qui me rassure, c'est le questionnement qui m'émerveille. "

LUC.  (Pas l'Evangélistste, l'autre. Mais aussi porteur de la Bonne Nouvelle.) (Je remercie aussi Vincent, sans qui peut-être cette phrase n'aurait ni été dite par Luc, ni retenue par Ipsa Lingua, la Langue qui a pour seule prétention d'être Elle-même.) (Et Monsieur Laurent, sans lequel nous n'eussions pas, hélas, trinqué - dans la vie, et l'autre jour).