mercredi 21 janvier 2015

OCEAN MORAL *



     Chaque fois qu'oralement ou par écrit je m'étais lâché dans le genre "bête et méchant" (comme dans mon pénible post Culture et dialogue II), une bride m'avait retenu d'y poursuivre. Je n'aimais ni le mode paillard, ni le mode désespéré de faire passer des messages. 

     Nous étions nombreux, je l'avais constaté en lisant et en échangeant, à flairer le piège, le terrain miné de la nuance où nous trouvions coincés : il était bienséant ces derniers jours d'opposer moquerie et injure, parce que la liberté de la presse est un principe sacré. Mais on se soufflait qu'entre "moquerie" et "injure", l'opposition était bien fragile. Moquerie ou injure : de la part de qui, à l'égard de qui ? Et pourtant il n'y avait pas un pouce à céder à la barbarie et à la lâcheté.

    Charlie-Hebdo fleurait bon (ou mauvais, comme chacun voudrait) les années 70, un consensus sous-entendu par la jeunesse massive du baby boom, où le débat pouvait se résumer à la provocation parce qu'on restait, même avec ses ennemis, entre soi : bien des mots, comme "mondialisation", ne s'imposaient pas donc n'existaient pas. Certaines frontières nous étaient plus fermées comme l'Europe de l'Est, d'autres plus ouvertes comme le Sahel. 

    Eussions-nous aujourd'hui inventé exactement le concept de ce journal qui donc, il y avait si peu, était encore un hebdomadaire ? On ne voyait que lui dans les kiosques avec sa grande caricature de  une qui tranchait avec les titres des autres. Souvent, à cause de son format, il s'insérait parmi les quotidiens et cette une en devenait obsédante. Il était du paysage. Mais l'eussions-nous, aujourd'hui, inventé ?

   Eussions-nous appelé Enfoirés les Enfoirés, loin de Coluche et des années 80, dans une France où, avec la disparition officielle de "mademoiselle" par exemple, l'exécutif forçait la langue, pour la première fois je crois depuis la Révolution française avec ses éphémères calendrier et villes rebaptisés ?  

   De tous côtés, figés sur place par le stand by de nos modes de vie et de pensée face aux bouleversements du monde, souhaitions qu'une tragédie nous servît au moins à bouger, et plutôt pour avancer que reculer.


* Ce titre peut surprendre car il ne présente pas de rapport direct avec ce seul texte. Je le tiens depuis longtemps, et pour un essai - que j'écrirai ou non.

lundi 19 janvier 2015

EXERCICE DE DICTION

HUMANITÉ ET UNUNANIMITÉ CONTRE L'UNANIMISME.

D'abord, respirez avec le ventre. Buvez un thé vert avec une dose d'hammamélis. Répétez le plus vite possible. Et si vous vous plantez c'est bien, c'est que vous en avez besoin. Vous êtes-vous endormi avec des pensées positives ? Avez-vous fait une sieste de plus de vingt minutes ? Ah, j'en étais sûr. Chronométrez-vous. Choisissez un confident hors vos proches auquel vous direz toute la vérité. N'hésitez pas à vous confier à moi : c'est simple, ou c'est payant ou je suis cinglé. 

CULTURE DU DIALOGUE II

Aujourd'hui j'étais une femme, comme l'autre jour j'avais été Charlie, alors que je ne l'étais ni l'un ni l'autre, c'était ça les saltimbanques et m'installer dans cette catégorie n'était pas me dédouaner, mais penser à ma maman, juste défunte. Enfin non mais pour moi elle était toujours juste défunte. 

Donc, oui :

- Enlève ton tchador.
- Mais Madame, je l'ai enlevé.
- Ça ne se voit pas. Il est encore plus sur ton visage quand ton visage est nu.
- Vous heurtez ma conscience, vous allez trop loin.  Tu me cherches, quoi.
- Toi aussi tu heurtes ma conscience de femme, de féministe et de laïque.

(au fond de la classer, deux garçons)

- Elles sont bonnes hein toutes les deux, quand
 elles se bastonnent.
- Tu es malade.
- Branle-moi sinon t'es mort. Vite. 



Tout est réel, avec collages. Témoignage tantôt direct, tantôt non. Mais les citations sont exactes. Certaines ne datent pas d'hier. Les "journées", révolutionnaires ou consensuelles (14 juillet 89 ou 14 juillet 90, fête de la Fédération), sont dérisoires, mais répondent par l'instant au poids de la paresse et, ce n'est pas négligeable, à un remerciement obscur et on ne sait pas toujours à qui ou à quoi d'être en vie, d'avoir un espoir touchant. Mai 68 est venu sur une France qui avait bien le droit d'être enfin tranquille et prospère, de la part de jeunes pour qui tranquillité était hibernation. Choc de génération. La guerre d'Algérie, un million de morts je crois, n'a pas changé les sociétés. Mais ce mai, presque rien en soi à côté de règlements de compte à Marseille ou ailleurs, a fait changer de siècle. A levé les femmes. Il est possible que les 7 à 11 janvier aient aussi bouleversé les donnes. L'histoire est à renifler. Trop tôt pour ne pas dire des bêtises. Trop tard pour rester paresseux. Par où que nous saisissions notre pensée, elle abdique parce qu'une paresse de trente ans ne peut aboutir qu'au silence devant les paradoxes accumulés. Identité et mondialisation (un exemple !) : Libre circulation (des grains, des hommes, des idées), et identité (famille, village, couleur, langue, nom, blason- je pense à mon ami Marc - et je vais trop vite car, royaliste sans doute quelque part, je crois pérennes les différences entre pays d'état et pays d'élection  : mais les rois eux-mêmes ont doucement ou violemment effacé la différence : les rois de France ont été les premiers Jacobins). Faut-il donner priorité à l'une, quand on a deux exigences ? La deuxième que je cite (identité) est la plus ancienne, la plus facile en apparence, la plus réflexe. La première, celle de Voltaire, disons, a joint dans le panache la France et la naissance des Etats-Unis, pendant que l'Angleterre, où c'était déjà fait, plongeait la Terre dans le monde industriel. De tout cela ressortent de curieux voisinages (pour la pensée) : Chevènement - Soral ? Que mets-tu en premier, Andalou : Schengen, l'Espagne, ou l'Andalousie ? Plus, moins de fonctionnaires ? Où l'argent, comment l'impôt ? Où l'argent, où la guerre, où l'argent de la guerre ?

Je m'essouffle pour aujourd'hui.

Déjà que je n'avais plus l'habitude de parler au présent. 

Ah ! J'avais beaucoup de lecteurs mais pas assez de commentaires. Pour la poésie je comprenais, seul Guillaume possédait l'art de commenter poétiquement un poème. Mais là, alliez-y. 










vendredi 16 janvier 2015

CULTURE DU DIALOGUE

- C'est faux.
- Je m'exprimais.
- Oui mais c'est faux.
- S'exprimer c'est forcément vrai.
- Ta ta ta, mon cher. Pardon : TA TA TA TA TA TA TA TA TA TA TA TA

vendredi 2 janvier 2015

POUR L'ANNEE A VENIR



Und wenn dich das Irdische vergass,
zu der stillen Erde sag : Ich rinne.
Zu dem raschen Wasser sprich : Ich bin. 

Et si t'ont oublié les choses terrestres,
à la terre immobile dis : Je m'écoule.
A l'eau impétueuse dis : Je suis.

                                Rilke, Sonnets à Orphée, XXIX. Trad. Alen Leoz.




heureuse année à tous !