lundi 5 décembre 2016

LA BIPOLAIRE





                                             Pour Jean Peyrot, mon Nono Pan


En une clinique j'ai rencontré une autre patiente. Très belle et très posée. Elle m'a raconté sobrement un épisode de sa vie. On l'a trouvée presque nue et presque morte de froid dans la nuit, au parc de la Villette. Inviolée. C'est elle qui avait tout fait. Le poème ne parle ici que de la phase "haute" du bipolaire. Ailleurs certains poèmes expriment peut-être l'autre phase. Mais il est impossible qu'ils soient écrits en même temps que celle-ci. C'est simple à défaut d'être facile. Les intermèdes calmes sont propices au bon travail. Et, qui sait, à l'humble possibilité d'une sagesse. On mesure trois degrés, je suis au troisième Dieu merci, ce qu'on peut nommer aussi un peu cyclothymique. Le premier était appelé autrefois la psychose maniaco-dépressive.







L'homme parfois de l'homme se dégage
Se détorture de la torture
Et le rhinocéros décorné le regarde
Vieille vieille larme géante


Et les femmes les fourrures des mers
Y plonger mon éternel nez
Les torrents les orchestres des cimes
Enjamber le bond même du bouquetin


Aller plus loin encore alller
"Pour les précieux amis cachés
dans la nuit sans date de la mort"
Shakespeare ô sonnet XXX


Tes tresses c'est très simple
Ou elles sont assises sages
Ou hier ton visage se déforme
Vent arraché au vent d'avant
   
Je fais si peu de musique
Alors le torrent qu'on rencontre
Figé, et éternel,
N'a pas à sourdre des montagnes


Vos noms épouses errantes
Je veux vos noms migrateurs
Si c'est non ô défendues
Par la forteresse de l'esprit,


Je hurle en l'existence
Que seule de vous l'aube enfante
Si c'est non que mon nom s'effondre
Alors chaque alcool va monstrueux,


Reprend reprend à se saisir du soi
La flamme qui courait sur la Terre
Ecroule les châteaux les cerveaux
Restitue ses loques à l'Origine de rien


Nue va l'âme détruite
Morte nue en culotte d'étoiles
Une nuit au parc de La Villette
Non violée si violée mais par elle


Défenestrée du torrent
Elle parmi elle-même
Trop doucement déesse
Et elle comprit et elle pissa


On se met pieds nus
On court nulle part
En chaussettes de soleil...
Enfance égale écrire mais


Vinrent les vieux temps
Nous nous parlions du parc
Où harmonieux était l'instant corneille
Mais le temps la grille ferment


Nue va l'âme avec elle 
Et elle pisse sagement
O biche frôlant la lune
Immatériel bond instant extrême


Peu de torrent que j'ai
Ni précision sur le torrent
Né de source inconnue
Avec ces cimes ces nuages sous ces cimes


Filles sans fourrure de la mère
Vous êtes amères et si belles
Toutes les filles sont mes filles
Fières d'être filles de ce moi pauvre
   
Surgit dans ma vie l'immobile
Inutile peine de jouer avec
Tourne toupie immonde
Quelques années quelques énigmes
   
Oh s'est mal passé ce passé
Les gars parfois un gars s'en va
Il dégare une gare d'une autre
Frôle les blés mûrs, y pense sans y


Donc nous buvions nous riions
Les chairs, chairs de nos chairs
Atroces jardins secrets
Plants cultivés par nous étaient en sang 


Alors une araignée est molle
Aucun métro n'est sous la terre
Tes dix doigts mous s'accrochent
Creusent cette têtue tempête


O terre perpendiculaire
Voici mes doigts mes alpinistes
C'est haut hein et c'est bas hein
Alors que font mes doigts-cerveaux ?


Et elle pisse. Elle est saoule,
C'est une madone, un héros,
Dans l'ascenseur devant tout le monde,
Pécheresse, adorable triomphe elle pisse


Après la jouissance - dix-cors,
Brume, Très-vieux-loup
Boues et bottes, poudre, chasse...
En allée dans les allées



"Biche frôlant la lune",
Toi en la passée des astres
Un fusil croise ta vie seule
Un météore fait route en Dieu


O mince culotte nocturne
Violée seulement de froid
Elle a fait ça toute seule
A l'abattoir de la violette


Elles, elles et exilées
Autres femmes qu'elle-même
Rameuses des maisonnées
Elles ont fait ça toutes seules


Les oiseaux ont déménagé
Donc on ne les ouvre pas
Les lettres d'aujourd'hui
Nouvelles de toi ton corps mon infini


Quant au loup marsupial
On dispose d'un seul film
Loup vivant de l'enfance
Fort mort à cette heure révoltante


Eléphant déséléphanté
Parfois le tortionnaire
Se trompe mais c'est ça torturer
Un soi de Dieu met la virgule


Les filles sont voilées de dédales
Elles rient c'est le soleil
Oublient c'est le soleil 
Meurent voilées c'est la terre


Donc nue elle défile nue
Et on ne saura jamais
Elle aura bu, pissé, été
Puis sa culotte lune légère

Je connais bien un chardonneret
Ai fait partie des bandes 
Quelques verdiers nous fréquentaient
Où sont-ils sale rouge-gorge  ?


C'est du gibbon ces céréales
Et Bornéo cette loque d'une île
Avec sans ta notre culotte
Décernons la palme à la palme


Très rare est le loriot
Du jaune imaginaire
Un peu de ce deuxième oiseau
Puis du troisième puis d'une escadre rare


Elle a bien sa maison
Pourquoi cette culotte être morte
Et pourquoi sous la lune
Puisque pisser sans voix c'est les étoiles


Viol du viol ô vers suivant
Mais c'est naître c'est tout
C'est se tromper de solitaire
Habiter qui est à côté
 
Puis nue fut sa culotte gelée
Or tout autour le monde
Etait nudité et respect
Moi je me tenais la lampe


Et trouvée morte de partout
Ramassée vive à la Villette
Ah bien morte de vivre
Incapable incapable d'être


Un dernier tortue seul
(Qu'est la longévité sans femme?)
Portait sans race sa carapace
Qui suis-je contemplant l'extinction


Qui suis-je à ne pas être ?
Que j'espère ton intempérie !
T'être l'allée de toi limpide
A t'avoir froid et t'être nue


Bientôt ce sera la saison
D'avoir ni chaud ni chaud
Un loup marsupial reviendra
Avec ses rayures de souvenir
 
Elle donc allée d'elle-même
Hier triste joyeuse
S'amarrer à ce bar clinique
Quasi moi rien, elle la vile être

La vache allée au pré
Avec de ma voix dans son sang
Moi l'étiquette elle est au pied
Vache tant et morgue tel tiroir


Donc à la Villette nue avec
Grande fille sa culotte enfantine
Herbe et la nuit ont cru bien faire
De la totalité perdue 
   
Jamais jamais la fête
Crie le loriot du sommet invisible
Je l'ai connue à la clinique
Aussi belle et aussi distante qu'elle

   
Vous avez vu un oiseau jaune ?
Non. Chez nous, et caché dans les cimes.
Non non c'est le loriot, 
Grand, imaginaire, jaune
   
De regarder de voir être la lune
Violée par elle et par elle seule
Elle pissa pissa encore presque
Crevée d'une nuit vivante 
   
Je l'aime elle n'aime que les filles
Une par une comme un peu de terre
Corneille par corneille
De terre retournée puis froissée dans mon ventre

Moi aller avec moi lampe
Et les noyées du Titanic
O nom pour un navire
Début d'un siècle l'Insolent

(Beau prénom pour sous-marin nucléaire)